La politique est une chose bien trop sérieuse pour la confier aux pauvres……

14 janvier 2015

Non classé

La politique est une chose bien trop sérieuse pour la confier aux pauvres, cette affirmation peut être débattue, je le réclame d’ailleurs, mais c’est un état de fait, du moins, sous certaines latitudes, ici en Afrique subsaharienne, c’est presque une évidence, la gestion des affaires publiques est confiée à des pauvres, lorsqu’on naît pauvre, on le demeure, la pauvreté n’est pas uniquement matérielle en tout cas à mon sens, elle peut être aussi morale.

Je m’en  vais d’ailleurs  vous  donner des exemples concrets, vous remarquerez qu’en Afrique subsaharienne, les premières mesures prises par ceux qui sont censés diriger ces pays sont souvent pour eux-mêmes, le fait d’avoir manqué de tout développe chez ces gens-là des attitudes dénuées de toute vertu, ils souhaitent à tout prix faire partie de ceux et celles qu’ils ont enviés, ils commencent par s’acheter des costumes cousus main par les meilleurs tailleurs parisiens, italiens ou anglais, des chemises de la plus belle des étoffes, des souliers en cuir de vache,  en peau d’autruche, ou encore en  peau de reptiles, de chez Berlutti, célèbre bottier parisien, voire  des John Lobb pour les autres. Une fois engoncés dans leurs costumes cravates, ils s’achètent des demeures dans les plus belles capitales européennes, ils s’intéressent à l’art, même s’ils n’ y connaissent absolument rien, sur leurs photos officielles, on les voit poser devant des bibliothèques garnies de nombreux ouvrages qu’ils n’ont jamais lu d’ailleurs.Ils n’ont pour beaucoup  d’entre eux aucune culture livresque j’entends, bon nombre d’entre eux furent des fils de petits paysans, pauvres, faisant des kilomètres à pied pour se rendre à l’école afin d’y être instruits.

Ils ont nourri pendant ces longues années une amertume, une envie d’en découdre avec la vie, une sorte de résistance face à l’adversité du destin, il fallait tout faire pour s’en sortir, se sortir de la misère.Que ce soit dans le désert lybien où le père  Khadafi, un pauvre bédouin, des gens de peu, de rien, des gens humiliés par le plus grand nombre, ce sentiment d’humiliation a nourri la revanche de ce dernier sur la vie.Il a mis le pays en coupes réglées pendant de nombreuses années, s’accaparant toutes les richesses du pays, pour lui-même et pour son clan, laissant libre cours à ces délires, convaincu d’avoir une mission quasi divine, celle d’avoir été porté à la tête de l’Etat par dieu lui-même afin de le conduire vers de meilleures destinées et pour parvenir à ces desseins il a mis en place un régime autoritaire.

Ce fut le cas avec  Hissene Habré au Tchad, Moussa Traoré au Mali, Mobutu du Zaïre, le maréchal, né à Gbadolité, dans la campagne zaïroise, fils de parents tous deux pauvres, a lui aussi nourri une rancœur, il a lui aussi voulu prendre une revanche sur la vie.Lui aussi faisant des acquisitions immobilières dans des capitales européennes, sans doute pour imiter ceux qu’il a longtemps enviés, sous de faux airs de père de la nation, il s’était mué en chantre de l’anti-impérialisme, de l’anti-colonialisme, débaptisant ci et là tout ce qui pouvait rappeler le passage des colons, demandant à ces concitoyens de ne plus jamais porter des prénoms d’origine étrangère, ainsi donc Joseph-Désiré Mobutu, devint Mobutu Sese Seko Kuku Gwendo Wazabanga, il a tyrannisé son peuple de 1965 à 1997, trente-deux ans de règne sans partage.La démesure était la norme, il avait fait construire un palais extraordinaire à Gbadolite pour son seul plaisir, il s’était bien évidemment accaparé toutes les richesses du pays, car lui aussi était convaincu que le pays lui avait été donné en héritage, il n ‘ y avait bien évidemment aucune opposition, il ne peut y avoir deux pères dans une même famille (en  tout cas c’était valable à cette époque-là), il répétait lors de ses diatribes qu’il n’y avait qu’un seul père, qu’un seul Etat, et qu’un seul parti politique, le parti-Etat.

Il en est de même en Angola, où après d’âpres luttes contre l’ancien colon portugais d’abord, puis avec la rébellion du défunt Jonas Savimbi ensuite, Dos Santos arrive  au pouvoir et depuis il s’y accroche,  depuis de trop nombreuses années déjà, s’accaparant là aussi les richesses du pays,laissant le reste du pays dans une grande misère, avec ici une particularité  qui ne semble émouvoir personne, sa fille est devenue l’une des femmes les plus riches du monde, pas en travaillant comme Oprah Winfrey, non elle le doit à Papa.

Eyadema au Togo, un bidasse de l’amée coloniale française devint à son tour chef de l’Etat sans vraiment demander l’avis de ses concitoyens, ah ça non, il a dirigé le pays sans partage, il n’y a qu’un seul pays, donc il n’y a rien à partager, richesse ou pouvoir, depuis c’est son fils, Faure, quelle idée de s’appeler ainsi, certainement en hommage à Edgar Faure, une figure du gaullisme qui fut plusieurs fois ministres.Son père devait l’avoir en haute estime pour appeler ainsi son fils.

Dirigé par Albert Bongo Odimba qui devint El Hadj Omar Bongo après sa conversion à l’Islam, le Gabon, une ancienne colonie française, fut reçue des mains de l’ancienne puissance coloniale par celui qu’on appelait communément Omar Bongo, un nain à talonnettes qui s’habillait chez Smalto,  il avait un goût pour le luxe, il avait lui aussi fait l’acquisition de nombreuses demeures dans les capitales européennes pour s’y reposer sans doute, depuis c’est son fils qui est à la tête de l’Etat, Ali, pas le boxeur, même s’il en a le physique pas d’Ali, le vrai, non de boxeur , avec ses cheveux gominés, on a du mal à le prendre au sérieux.

D’anciens pauvres, qui ont tous joué  un  tour au destin,leur destin de pauvre, ils sont arrivés tout là-haut, oui c’est vrai , du sang a été versé, mais il s’agissait d’ennemis de la nation, il fallait donner un exemple à tous ceux qui pourraient avoir des velléités d’insurrection, il ne peut y avoir qu’un chef, pas deux, pas trois, un seul, et c’est comme ça, et puis ici la notion du chef n’est pas la même qu’en occident, ici le chef est respecté, craint, il décide de tout.Il est président de la République, Chef de l’Etat, du Gouvernement, du Conseil des Ministres, des Armées,du sport aussi,ici quand on parle de sport il s’agit de football, ah oui, le chef est fan de football, il est donc important pour lui que la sélection nationale brille, qu’elle soit compétitive, alors avant d’aller représenter le pays, les joueurs sont d’abord reçus par le chef, gare à vous si les résultats ne sont pas à la hauteur, les footballeurs zaïrois en avaient l’amère expérience de retour de la coupe du monde en 1974, ils avaient été tous envoyés au gnouf, l’honneur de la patrie était souillée, non mais, !!!! ah ! les joueurs ivoiriens ont eu droit aussi à un traitement de faveur  de retour d’une coupe du monde, il se mêle de tout le chef .

Il y a des décennies de cela, quelque part en plein cœur de l’Afrique équatoriale, on assistait à un événement extraordinaire, le couronnement de l’empereur, Bédel Bokassa 1er, un ancien soldat de base de l’armée coloniale française s’était retrouvé à la tête de la Centrafrique, avec  la bénédiction de l’ancienne puissance coloniale française.Cet ahuri a pillé toutes les richesses du pays, ne laissant absolument rien à son peuple, il a lui aussi acheté des châteaux en France notamment. Idi Amin Dada,l’Ougandais, un fou furieux, qui s’était surnommé lui-même le dernier roi d’Ecosse, lui aussi avait vécu une vie de misère, sa revanche sur la vie fut à la hauteur des humiliations qu’il avait subies.Un régime dictatorial et tyrannique était mis en place en Ouganda.

Ces exemples sont légion, ce que l’on peut donc constater c’est le point commun qui existe  entre la condition sociale, celle d’une extrême pauvreté de  tous les dirigeants que nous avons cité en amont, condition de pauvreté faite d’humiliations, et leur appât immédiat du gain, l’empressement de leur enrichissement personnel, la captation des richesses des pays qu’ils dirigent, cette volonté affichée d’arborer tous les signes distinctifs de richesse, costumes cousus main par les meilleurs tailleurs anglais, italiens ou français, montres de luxe, chemises de la plus belle étoffe, réceptions dans les palaces les plus chers au monde, tout ce qui est clinquant les attire, la lumière, ils y sont attirés tels des éphémères, pour eux, rien n’est trop cher, comme lors de ce reportage diffusé sur M6, il y a quelques années, dans lequel on voit le fils du président de la Guinée Equatoriale conduire les bolides les plus chers de la planète, se rendre dans des magasins de luxe au grand bonheur du commerçant pour qui l’argent n’a décidément pas d’odeur, le ridicule est poussé à son paroxysme lorsqu’on voit ni plus ni moins que l’ambassadeur qui visiblement n’avait rien de mieux à faire que d’accompagner le fils du chef faire des emplettes.Il y a à mon humble avis, un lien de causalité entre leur condition sociale passée, celle d’anciens pauvres et la façon qu’ils ont de faire de la politique, s’enrichir à tout prix au détriment du plus grand nombre, de leur peuple, en espérant gommer cet état de pauvreté  qui décidément leur colle à la peau, j’entends  par là dire que la pauvreté peut être d’ordre moral, spirituel, l’éducation  et l’instruction  permettent  de gommer cela,elles  enrichissent spirituellement  et moralement ceux qui s’en abreuvent, ce qui est loin d’être le cas de ceux qui ont été cités dans ces lignes.

Ces gens-là sont pauvres, pauvres d’esprit, pauvres moralement et ne peuvent donc pas être à la hauteur de ce qu’il  est convenu d’appeler  la politique soit   la gestion des affaires publiques, la gestion de la cité  fondée sur une adhésion clairement volontaire du peuple dans son ensemble ou du moins dans sa majorité, être un homme politique c’est accepter d’être au service du peuple, de rendre de compte à son peuple constamment, d’avoir des institutions libres indépendantes, de déléguer, d’anticiper , de prévoir, de veiller sur son peuple, d’assurer sa sécurité, de le nourrir, de permettre les conditions d’une véritable alternance, en somme être un démocrate, autant d’obligations qui incombent à la charge de véritables chefs politiques, éclairés, mus par une seule volonté,  celle de servir son peuple et non se servir mais ça, ce ne sera jamais l’apanage d’anciens pauvres.

Je tiens à préciser que je n’ai rien contre les pauvres, tant qu’ils ne s’occupent pas de la politique, c’est une chose beaucoup trop sérieuse pour eux.Qu’ils fassent du sport, de la musique, de l’art s’il le faut, mais pas de pauvres en politique, le pauvre par essence est nécessiteux, il a faim, il a soif, il est nu, il est sans le gîte.Aussi lorsque celui-ci arrive au pouvoir, les premières mesures lui sont d’abord destinées, il va vouloir se nourrir, que dis-je déguster les mets les plus raffinés, boire des breuvages millésimés, s’habiller sur mesure chez les plus grands tailleurs, acquérir des demeures partout où cela est possible, il en fera de  même pour sa famille, son clan, et  pour ce qui est du peuple, il verra plus tard, beaucoup plus tard.Les premières mesures du pauvre sont d’abord celles qui lui sont destinées, pour ce qui est de l’argent, ce n’est pas un problème, il tient sa place à la tête du pays par la volonté divine, n’est-il pas dit que l’autorité vient de dieu ? n’est-il pas dit que l’or et l’argent appartiennent à dieu ? Alors,  si je suis à la tête de l’Etat par la volonté de dieu, je suis donc un peu   dieu en ce pays, et par conséquent l’or et l’argent m’appartiennent mais pas que, le pétrole, le gaz, le bois, l’eau, enfin tout quoi.Alors, la prochaine fois qu’un pauvre se présentera devant vous, qu’il sollicitera vos suffrages, vous promettant qu’en sa qualité d’ancien pauvre, il comprend vos problèmes, qu’il a manqué comme vous de tout, et qu’il pourra apporter des remèdes à tous vos maux, ne le croyez pas, aucun pauvre ne supporte de revoir ceux qui lui rappellent sa condition de pauvre, d’ancien pauvre.N’oubliez pas, méfiez des pauvres, d’anciens pauvres surtout sous les soleils d’Afrique subsaharienne.Que les pauvres finissent par se sortir de leur condition, qu’ils parviennent à s’élever à un niveau social de qualité me parait normal, mais de ce qui est de leur présence à la tête des pays d’Afrique subsaharienne me semble préjudiciable à l’émergence de ces pays.

Allez à bientôt………….

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